Cai Guo-Qiang : la liberté créatrice

Le 3 octobre 2020, Nicolas Dufourcq a présenté Cai Guo-Qiang sur la scène du BANG lors de notre Big. L’artiste intervient à distance de son studio à New York. Il évoque les isolements successifs dus à la pandémie, son œuvre La naissance de la Tragédie, et interroge le rapport entre l’Homme et l’univers.

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  • 14 janvier 2021
  • Temps de lecture: 2-3 min
Cai Guo-Qiang

Artiste plasticien originaire de la région de Fujian au sud de la Chine, Cai Guo-Qiang bénéficie aujourd’hui d’une renommée internationale dans le champ de l’art contemporain. Après des études à l’Académie de Théâtre de Shangai, il s’installe à la fin des années 1980 au Japon et s’intéresse aux propriétés de la poudre à canon, travaux sur lesquels il fondera son terrain d’expérimentation artistique. Plus tard, à New York, il ouvre son studio de création artistique et en fait sa résidence principale.

Installation monumentale en Charente

Explosion diurne sur Cognac. Vingt mille coups de feu d’artifice ont été lancés à partir de 150 fûts de chêne flottant sur la rivière. La naissance de la Tragédie, œuvre monumentale conçue in situ, est un message d’espoir et de courage, pour honorer la volonté héroïque de « survivre au vent et à la pluie », exprime avec poésie l’artiste. Inspiré par la vision Nietzschéenne de la tragédie, ce spectacle pyrotechnique a été diffusé dans le monde entier et commenté en direct par Cai Guo-Qiang. Un évènement qui marque le 150e anniversaire de la maison Hennessy X.O.

Calligraphie aérienne, les fumées colorées dessinent une pièce dramatique orchestrée au millimètre par l’artiste. Un poème en trois temps qui exprime « la capacité de l’esprit humain à reconnaître, accepter et profiter de la douleur inhérente à la vie, et aussi à ne faire qu’un avec la nature ». Pour communier avec elle en la respectant, les feux d’artifice de jour utilisent exclusivement des produits pyrotechniques non toxiques, respectueux de l’environnement et certifiés CE.

Introspection de l’artiste

Si 2020 réserve à Cai Guo-Qiang certaines mauvaises surprises comme celle de l’incendie de Notre-Dame de Paris qui bloque son projet sur le toit du Grand Palais, c’est le ralentissement des flux lié à la pandémie qui mettra un coup d’arrêt aux projets de l’artiste. Il avait, raconte-t-il, prévu de voyager au Moyen Âge, ou plus pragmatiquement en Ethiopie et à Chypre, allant trouver là-bas des rituels et des pratiques spirituelles d’un autre âge préservés, vivre l’expérience de l’exil de soi. « Je ne m’attendais pas à ce que l’expérience de l’isolement et de la peste au Moyen Âge soit livrée directement chez nous sans avoir à sortir. »

Il se replonge alors dans ses études et travaux passés, au cours de son isolement dans la maison de son ami Franck Gerry. « J’en profite pour revivre mon processus de maturité, comme si je revenais à mon propre Moyen Âge ». A l’époque, il explore la relation entre les humains et l’univers, les puissances supérieures et les extraterrestres, et comme de nombreux autres artistes, les mondes invisibles. Avec son art, il tente d’interagir avec ces mondes.

La crise sanitaire : « un défi et une opportunité pour nous tous »

L’artiste compare la période antérieure au Covid-19 à celle de l’antiquité. Une période faste et productive, une quête de richesse guidée par des préoccupations matérielles. Une période rompue par l’apparition de la peste, suivi ensuite d’un déclin, celui du Moyen Âge. La course optimiste et insouciante au progrès de nos sociétés contemporaines a été « arrêté par un petit virus invisible. L’épidémie a perturbé l’équilibre géopolitique mondial et remis en cause les systèmes politiques existants ». Cependant, l’artiste y voit « un défi et une opportunité pour nous tous », une occasion de nous renouveler et de rebondir.

Rapport entre l’Homme et la nature, dialogue entre passé, présent et futur, mondialisation, l’artiste réfléchit ces sujets et cherche de nouvelles idées et visions. « Les gens sont profondément inspirés par l’esprit libre et la créativité des artistes ». C’est justement dans un élan de liberté ultime, et après avoir traversé restriction et interdiction qu’il finit par réaliser L’échelle céleste, une impressionnante échelle de feu, haute de cinq cents mètres qui monte vers le ciel et brille dans la nuit. Persévérer et se battre pour réaliser ses rêves, pour être libre, voici le message de Cai Guo-Qiang. 

Retrouvez l'intégralité des interventions sur la scène du BANG sur notre chaîne YouTube !